Charles Deguire

Kinova Robotics

Charles Deguire– Gagnant du Prix du Gouverneur général
Les Prix du Gouverneur général pour l'innovation reconnaissent et célèbrent des individus, des groupes et des organismes canadiens exceptionnels — ces pionniers et ces créateurs qui contribuent au succès de notre pays, façonnent l'avenir et inspirent la prochaine génération.

En quête d'inspiration

Charles Deguire, qui a grandi avec trois grands-oncles que la dystrophie musculaire a confinés à un fauteuil roulant, a appris ce que l'ingéniosité pouvait permettre.

En dépit de leur handicap, ils ont vécu au maximum, se procurant des fauteuils roulants toujours plus puissants au fur et à mesure des avances technologiques et de la détérioration de leur état qu'entraînait leur maladie. Or, Charles Deguire a constaté qu'il existait peu pour pallier à la perte de mobilité des membres supérieurs, bien qu'un de ses grands-oncles, Jacques, ait procédé lui-même à des ajustements.

Connu de tous comme Jaco, cet homme, dont l'état s'est détérioré le plus rapidement, était aussi l'inventeur de la famille. Avec une 5e année pour toute éducation, Jaco a confectionné un bras robotisé, qu'il a appelé le « manipulo », à partir d'articles trouvés dans la maison et à la quincaillerie locale.

« Il y avait un câble pour vélo, un cadre de lampe, des essuie-glaces et des pinces à hot dog. Le matériel électronique se trouvait dans un contenant Tupperware », se rappelle Charles Deguire. L'appareil fonctionnait et permettait à Jaco, par exemple de s'alimenter. « Cela a changé sa vie. »

Alors âgé de 10 ans, la vie de Charles Deguire a aussi changé en voyant son oncle confectionner ces articles rudimentaires de robotique. « J'étais fasciné, dit-il. Cela m'a ouvert les yeux et fait réaliser qu'il est possible d'améliorer sa qualité de vie avec les objets qui se trouvent autour de soi. »

M. Deguire était aussi un inventeur. « Je désassemblais tout ce qui comportait des composantes électroniques. Déjà, j'avais pris quelques chocs », admet-il. Il a obtenu un baccalauréat en génie électrique à l'École de technologie supérieure à Montréal, et a travaillé sur différents projets personnels avec son camarade de classe Louis-Joseph Caron L'Écuyer. En troisième année, ils ont tenté de construire un bras robotisé. « En une fin de semaine, nous avons réussi, souligne Charles Deguire, agacé par l'absence de robots pour aider les personnes en fauteuil roulant. »

« J'ai dit : « Nous envoyons des robots dans l'espace, des robots remplacent les humains dans les usines, mais nous n'utilisons pas les robots pour aider les gens. Ça m'empêchait de dormir. » Les deux hommes ont nommé leur invention Jaco et ont fondé une entreprise, Kinova Robotics. Située à Boisbriand, au nord de Montréal, celle-ci compte à présent 65 employés, et on projette de doubler l'effectif et d'ouvrir une nouvelle installation d'ici 2017.

Parallèlement au Jaco, il y a le Mico, une version réduite qui permet, par exemple, de prendre des articles sur le plateau d'un fauteuil roulant. Les deux sont faciles à manipuler grâce aux manettes de contrôle des fauteuils roulants. Outre cette robotique d'assistance, Kinova collabore avec des organisations comme la NASA et Google dans le domaine de la robotique de service, comme pour la neutralisation d'explosifs ou la gestion de déchets toxiques. L'entreprise se concentre tout particulièrement sur la robotique chirurgicale, un vaste marché lucratif et inexploré.

Charles Deguire a réussi à obtenir un soutien gouvernemental et d'investisseurs providentiels, sans compter les produits de la vente, et pour la première fois, il compte obtenir du financement pour du capital de risque. « Il faut être convaincant », souligne-t-il. Une grande source de frustration, compte tenu du vieillissement de la population, réside dans le fait que le Canada « ne possède aucune orientation définie en vue d'intégrer l'innovation dans le système de santé, indique-til. Si nous voulons que la technologie soit notre sauveur, il faut lui faire de la place. Il faut supprimer les obstacles. »

Autrement dit, s'il a obtenu du financement pour le développement de Jaco, il reste qu'il n'existe à peu près aucun programme pour financer des projets-pilotes et aider les utilisateurs à payer pour l'appareil. Après tout, cela pourrait réduire ce qu'il en coûte au gouvernement eu égard aux personnes soignantes, et renforcer l'indépendance des gens et améliorer leur bien-être.

« Je dis aux politiciens qu'ils devraient cesser de me subventionner et qu'ils devraient plutôt me donner des commandes. Si vous désirez un pays d'innovation, votre plus grand acheteur doit être innovateur. »

En Europe, on trouve de nombreux acheteurs, qui bénéficient d'une pleine couverture d'assurance. Charles Deguire est heureux d'entendre combien le produit a changé leur vie. En Allemagne, un homme est fou de joie de pouvoir porter une bière à ses lèvres et la boire, plutôt que de recourir à une paille; en Suisse, un utilisateur s'est remis à son travail de peintre-paysagiste.

« Il peut s'alimenter et a pu se remettre à sa passion », précise avec enthousiasme Charles Deguire.

Il poursuit sa collaboration avec M. L'Écuyer, à présent le dirigeant principal de la technologie chez Kinova. Pour Charles Deguire, posséder un tel partenaire depuis le début est inestimable pour l'innovation. « Une aventure exigeante t'attend et tu ne veux pas te retrouver seul, explique-t-il. La motivation vient plus rapidement, tu apprends à mettre des idées en commun et à accepter les idées des autres. De cette façon, tu iras plus loin. »

Pour se lancer dans une aventure comme la sienne, « il faut être un peu naïf. Si les gens savaient tout ce que nous avons dû réaliser pour réussir, cela en découragerait plus d'un. » De fait, messieurs Deguire et L'Écuyer ont vu leurs amis diplômés se trouver de très bons emplois dès la fin de l'université, alors « que nous bûchions 90 heures par semaine dans un sous-sol », mentionne Charles Deguire. Il souhaiterait qu'on donne du crédit aux innovateurs, même lorsqu'ils échouent; ainsi, ils pourraient peut-être retenir l'attention d'employeurs potentiels. « Les leçons apprises sont plus précieuses que n'importe quel diplôme. »

À son avis, son oncle Jacques, aujourd'hui décédé, serait fier de ses réalisations. Mais M. Deguire sera satisfait seulement lorsque les appareils d'assistance permettront aux personnes handicapées de fonctionner aussi bien que les personnes sans handicap. Le développement d'applications chirurgicales auxquelles Kinova travaille actuellement appuiera la recherche à venir sur l'intelligence artificielle et de nouvelles interfaces pour le bras robotisé.


Cette histoire de réussite vous est présentée par Forum des politiques publiques – une organisation non-gouvernementale indépendante qui se consacre à l’amélioration des gouvernements au Canada en favorisant le dialogue entre des leaders de tous les secteurs de notre société.


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