J. Breanne Everett

Orpyx

J.Breanne Everett  – Gagnante du Prix du Gouverneur général

Les Prix du Gouverneur général pour l'innovation reconnaissent et célèbrent des individus, des groupes et des organismes canadiens exceptionnels — ces pionniers et ces créateurs qui contribuent au succès de notre pays, façonnent l'avenir et inspirent la prochaine génération.

L'importance de prendre les choses en main

La plupart des résidents en médecine sont à bout de souffle, avec les demandes constantes et les longues heures passées à suivre leur formation comme spécialistes, à effectuer les tournées à l'hôpital et prodiguer les soins aux patients. Au cours de sa résidence en chirurgie plastique et reconstructive, la Dre Breanne Everett a fait monter la pression un peu plus avec l'invention d'une nouvelle technologie médicale, le démarrage d'une entreprise et l'obtention d'un MBA.

La docteure Everett a eu envie de faire le saut dans le monde des appareils médicaux, après avoir constaté le fardeau que les complications aux pieds, une situation courante chez les diabétiques, représente dans la vie des gens et pour le système de santé, en particulier la population vieillissante. À partir de ses recherches et de ses traitements des blessures, elle a mis au point une semelle spéciale pour les chaussures munies de capteurs, afin d'aider les personnes ayant subi une perte de sensation dans leurs pieds en raison de maladies neuropathiques à prévenir les ulcères et autres blessures liées à la pression. Ainsi, le patient répond aux signaux et aux alertes qui lui parviennent au moyen d'une montre intelligente, par exemple pour lui indiquer que la chaussure est trop serrée ou que la présence d'un corps étranger pourrait entraîner une irritation.

« Voilà un enjeu majeur », affirme la Dre Everett. Parmi les 8 p. 100 des patients aux prises avec le diabète, un quart développera des ulcères de pied, et un sur cinq sera amputé. La neuropathie et les problèmes vasculaires viennent exacerber la détérioration des tissus, indique-t-elle. « Il est difficile d'enregistrer des progrès. »

Afin de s'attaquer au problème, elle était résolue à conjuguer les soins podiatriques pour les diabétiques et la neuroplasticité; aussi, a-t-elle pris congé de sa résidence en 2011 afin d'entreprendre un MBA ainsi que de cofonder son entreprise, Orpyx, et d'en devenir la présidente. Le nom constitue une anagramme du mot anglais « proxy » (en français, témoin), car son produit, appelé SurroSense Rx, agit comme témoin de la sensation qui a été perdue, explique la Dre Everett.

Cette femme de 31 ans est reconnaissante envers ses parents qui l'ont encouragée à exploiter ses talents créatifs et entrepreneuriaux. Elle est une boursière Loran et, à ce titre, reçoit une aide financière pour son baccalauréat en biochimie à l'Université McGill de la Fondation Boursiers Loran. De même, elle a tiré profit du programme de mentorat continu de la Fondation et de son accent sur l'apprentissage permanent.

Elle affirme qu'il existe une résistance au changement au sein du corps médical, où la culture de l'innovation et de l'entrepreneuriat est peu présente. « En tant que fournisseurs de soins de première ligne, nous voyons les défis et les carences. Qui de mieux pour déterminer les besoins en innovation?, souligne-t-elle. Mais nous n'avons pas fait progresser les choses. »

L'une des premières de son programme à mettre de côté sa résidence, elle a été fortement encouragée à concrétiser son idée. Elle croyait qu'elle pouvait y arriver, même en tant que nouvelle venue. « Il n'est pas nécessaire de faire carrière en médecine pour cerner les problèmes qui sont si omniprésents au sein du système de santé, ajoute-t-elle. Je regardais les choses avec un scepticisme entremêlé d'une énergie naïve » au moment de déterminer les secteurs où des changements pourraient être apportés. « Vous devez tirer profit de cette énergie. »

Elle espère avoir créé un précédent; et de fait, trois autres personnes ont mis leur résidence sur la glace afin de démarrer des entreprises dans leur propre domaine. « C'est stimulant », précise la Dre Everett, qui fait du bénévolat pour Joule, une société qu'a créée récemment l'Association médicale canadienne en vue d'encourager et de soutenir financièrement les travaux en innovation que mènent les médecins.

La direction d'Orpyx « entraîne énormément de travail, mais c'est très enrichissant », affirme la Dre Everett. Il y a peu, elle a fondé une famille et adore passer du temps avec ses deux garçons âgés respectivement de 1 et 2 ans. Elle compter retourner faire sa résidence.

Aujourd'hui, l'entreprise compte 12 employés. Au total, 75 p. 100 de son financement provient d'investisseurs, et le reste est le fruit de bourses et de prix d'organisations comme le Programme d'aide à la recherche industrielle du Conseil national de recherches Canada et Mitacs Canada, qui encourage les partenariats entre le milieu universitaire et l'industrie. « Nous soumettons des demandes partout où nous le pouvons. »

Elle estime que les modèles de soins intégrés dans les systèmes provinciaux de soins de santé appuient les innovations comme la sienne, avec une relation directe pour l'organisation entre la technologie qu'elle met en oeuvre et les économies qu'elle en tire. De même, l'aspect préventif du produit devrait tout particulièrement constituer un argument convaincant pour un système de santé avec des ressources poussées à la limite afin de soigner les gens avec des maladies chroniques. « Il me semble que cela va de soi. »

Son conseil pour les innovateurs médicaux en devenir? « Prenez les choses en main. Si vous décelez un problème, si vous avez une solution en tête et si vous savez que cela doit être fait, alors pourquoi n'iriez-vous pas de l'avant? » Tout aussi important, il faut élaborer un solide argumentaire économique et sanitaire.

La docteure Everett croit que la technologie portable, comme les moniteurs pédestres, « a fait son temps », principalement parce que les gens se lassent des données recueillies et se disent « et alors? » « Si cela ne permet pas solutionner un problème, il n'y a pas de raison de l'utiliser ad vitam æternam », indique-t-elle, alors que son appareil « s'attaque à un vrai problème, qui est présent, et prévient l'amputation ».

Les résultats des essais cliniques du SurroSense Rx « ont vraiment dépassé nos attentes », dit-elle, par exemple avec un taux réduit de nouveaux ulcères. Le produit est déjà sur le marché, et la Dre Everett souhaiterait que « toutes les personnes dont les pieds pourraient potentiellement en bénéficier puissent le faire », et qu'il soit couvert par les polices d'assurance ou les régimes gouvernementaux. « D'importantes économies peuvent être réalisées. »

L'appareil, qui peut mesurer et quantifier précisément le mouvement, peut être utilisé par toute personne dont l'état de santé nuit à sa démarche et à son équilibre, par exemple la sclérose en plaques et autres maladies dégénératives, et où le patient doit souvent recourir prématurément à un fauteuil roulant en raison de ses problèmes d'équilibre, ajoute la Dre Everett. D'autres applications comprennent l'optimisation de la performance sportive et la prévention des blessures.


Cette histoire de réussite vous est présentée par Forum des politiques publiques – une organisation non-gouvernementale indépendante qui se consacre à l’amélioration des gouvernements au Canada en favorisant le dialogue entre des leaders de tous les secteurs de notre société.

Crédit photo : Colin Way


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